Beaucoup d'aînés montréalais sont inactifs

Publié le 21 novembre 2016 dans Engagements concrets | 0 commentaire

VIEILLIR ACTIVEMENT DANS AHUNTSIC-CARTIERVILLE, C'EST POSSIBLE?

Les niveaux d'activités physiques chez les aînés ahuntsicois et cartiervillois sont loin d'être homogènes. Si de nombreux aînés sont très actifs, plusieurs sont sédentaires, pour des raisons indépendantes de leur volonté.

«On sait que chez les aînés, pour améliorer leur qualité de vie, l’activité physique est cruciale afin de vieillir en santé», dit David Sauvé, agent de développement pour l’arrondissement d’Ahuntsic-Cartierville.

Les Ahuntsicois sont plus âgés que la moyenne montréalaise. L’âge médian dans l’arrondissement est de 40,7 ans et 18 % de la population est âgée de 65 ans ou plus. Plus du quart des aînés montréalais sont inactifs.

D’ailleurs, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la sédentarité est l’une des principales causes sous-jacentes de mortalité et d’incapacité des personnes âgées.

C’est pourquoi, depuis six ans, l’arrondissement offre dans divers parcs de l’arrondissement des activités estivales pour les aînés qui misent sur l’activité physique.

De plus, l’arrondissement a ajouté des exerciseurs dans quatre parcs : Ahuntsic, Beauséjour, des Hirondelles et Henri-Ju- lien. Un kinésiologue a fait quelques dé- monstrations cet été sur la façon d’utiliser ces machines en plein air. Cette nouvelle offre sera-t-elle un succès? Encore difficile à dire, selon David Sauvé.

«On souhaite rejoindre les aînés qui ne sont pas déjà inscrits dans des activités, qui ne sont pas nécessairement en lien avec des groupes. Mais ils sont parfois très difficiles à rejoindre», explique David Sauvé.

Briser l'isolement par le bouche-à-oreille

En fait, le bouche-à-oreille est probablement la meilleure méthode pour prendre contact avec eux, dit Richard Dufort, qui dirige le club d’activité physique 50+ au Complexe sportif Claude-Robillard depuis 36 ans.

Le programme a été mis sur pied en 1977 par des chercheurs de l’Hôpital NotreDame afin d’étudier l’activité physique chez les aînés. Ces derniers, enchantés par l’expérience, ont voulu développer le programme pour promouvoir la mise en forme. Le programme a été lancé avec 35 membres et en compte désormais plus de 1 000.

Aujourd’hui, le club offre 40 heures de cours de mise en forme générale et près d’une vingtaine d’heures de cours spécialisés (Zumba, marche, course, badminton, yoga, randonnées en plein air, etc.) On offre même un «camp d’entraînement» en prévision des Jeux de la FADOQ pour initier les aînés à la compétition.

Les activités sont adaptées à la clientèle aînée. Par exemple, le club a attendu presque deux ans après les débuts de la Zumba avant de pouvoir offrir une version modifiée du cours. «Les hyperextensions rapides du corps vers l’arrière et les dé- placements rapides auraient pu amener certains individus à perdre l’équilibre», précise M. Dufort.

De plus en plus d’individus vivent un vieillissement actif au niveau cognitif, physique et social, croit M. Dufort. «On a toute une gamme de personnes : de la personne très sportive qui court un marathon, aux personnes plus frêles et moins sportives. Certaines sont compétitives, d’autres préfèrent le côté récréatif», explique M.Dufort. «Il y a des 70 ans et plus qui sont mauditement plus en forme que des 50 ans ou des 40 ans!»

Freiner le vieillissement

La plupart des aînés veulent surtout acquérir de bonnes habitudes qui freineront les effets du vieillissement, affirme-t-il. Et preuve que le programme fonctionne : plusieurs membres demandent que l’intensité de certains cours soit augmentée.

De plus, le nom du club – auparavant APADOR – a été récemment changé pour refléter le fait qu’être aîné ne veut pas dire être inactif. «Ça ressemblait trop à “âge d’or” et ce n’était plus sexy», ajoute M. Dufort.

Avant la perte d'autonomie

Robert Dufort souhaiterait que le gouvernement investisse davantage dans les programmes d’activité physique, dans le but de réduire les maladies et les coûts qui y sont associés. «Ils investissent des sommes astronomiques dans les hôpitaux, mais pas dans la prévention.»

Un souhait qui est partagé par Hélène Durand, thérapeute en réadaptation physique au Centre d’hébergement SaintJoseph-de-la-Providence. Les personnes qui y sont hébergées sont pour la plupart âgées de plus de 80 ans, en fauteuil roulant et en perte d’autonomie. «La clientèle s’alourdit, mais il ne faut pas les abandonner. On peut encore faire de l’activité physique et c’est efficace», dit Mme Durand, qui organise un cours de cardio et d’étirements tous les lundis avec les résidents.

Le but est de maintenir les capacités résiduelles. «Pour qu’ils puissent faire des choses de base et garder leur dignité : aller à la toilette, s’habiller et manger sans douleur», explique Mme Durand.

Elle déplore le fait que les aînés en centre d’hébergement aient peu d’occasions pour bouger. «On fait tout pour eux; on les lave, on les nourrit, on leur apporte la collation, on reprend leurs assiettes, on leur met le bavoir… On le fait parce que ça va plus vite que de les laisser faire.Mais ils sont capables! Arrêtons de les minoucher!»

Mme Durand insiste pour que les résidents fassent eux-mêmes rouler leur fauteuil roulant au lieu qu’on les pousse et elle utilise le moins possible les leviers pour déplacer une personne. «Ils voient le levier et se disent que c’est fini… Ce n’est pas vrai; parfois ils ont besoin d’aide pour se lever, mais ils sont capables de marcher seuls.»

Plusieurs personnes, incluant les professionnels de la santé, sont souvent surprises de voir à quel point ces aînés, que l’on présume trop frêles, ont une endurance physique remarquable. «Les étudiants en soins infirmiers viennent dans mon cours. Chaque fois, ils disent : “je ne pensais pas qu’ils étaient capables d’en faire autant que ça!”»

De plus, Mme Durand remarque rapidement les aînés qui ont été actifs dans leur jeunesse. «La mémoire des muscles, c’est incroyable!», dit-elle.

Manque de ressources

Si le programme de Mme Durand fonctionne, c’est surtout grâce à sa passion. Elle précise que peu de centres d’héber- gement ou de programmes de jour pour aînés offrent des cours ou des activités qui permettent aux aînés de réellement demeurer actifs.

«Certains n’ont pas d’équipement ou suffisamment de bénévoles. Dans d’autres cas, les cours sont trop faciles parce qu’on présume que les aînés ne sont pas capables.» Le vélo stationnaire adapté et d’autres équipements utilisés par Mme Durand ont d’ailleurs été achetés grâce aux dons faits à la Fondation Gracia.

Mme Durand se souvient pourtant des années 80, lorsqu’elle emmenait des aînés et des personnes handicapées nager à la piscine Sophie-Barat et Bois-de-Boulogne et qu’elle organisait un groupe de danse. Ces activités ont depuis été annulées, par manque de personnel et de budget.

Mme Durand souhaiterait que les personnes qui attribuent les budgets en santé investissent davantage dans l’activité physique chez les aînés. «Venez voir ce qui se passe dans la vraie vie. On a des résultats extraordinaires et on sort des sentiers battus. Avec peu, on réussit à faire beaucoup.»


Journal des voisins
Vol. 5, no 5 (octobre-novembre 2016)
DOSSIER Vivre sa vieillesse ici
Par Mélanie Meloche-Holubowski

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