Entrevue spéciale avec Madame Évelyne Daigle

Publié le 26 juin 2017 dans À la une, Entrevues spéciales | 0 commentaire

Madame Évelyne Daigle

Résidente sourde, muette et aveugle
Centre d’hébergement de Cartierville

Louise Barrière, technicienne en communication, interprète pour nous les propos de madame Daigle, qui est sourde, muette et aveugle.

Je viens d’avoir 91 ans. Je n’en reviens pas, car je me sens encore jeune. Même si je me considère sereine, il y a des jours où je trouve ça difficile.

Je suis née sourde et muette, mais voyante, comme mes deux soeurs et un de mes frères. Ma mère arrivait à communiquer un peu avec nous par le langage des signes. Elle nous disait que c’est Dieu qui nous avait faits ainsi. À l’âge de 9 ans, je suis allée vivre à l’Institut des sourds et muets. Deux religieuses sont venues me chercher à Moncton et m’ont emmenée à Montréal en train. Venant de la ferme, j’ai été impressionnée par la taille des édifices et par toute l’activité de la ville. Je suis allée à l’école jusqu’à l’âge de 18 ans, puis je suis retournée chez moi pour un an. Mais la vie en ville me manquait terriblement, je suis donc revenue vivre à l’Institut. J’y ai travaillé et, en échange, la communauté religieuse me fournissait le gîte et le couvert. Je ne me suis jamais mariée, car je ne pouvais pas m’imaginer élever des enfants dans ma situation.

Je suis arrivée ici dès l’ouverture du centre en 1978 et j’y suis depuis ce temps. Puis à l’âge de 60 ans, j’ai perdu la vue. Cela a été très difficile; c’est tout un deuil à faire. J’avais peur : pas peur de me perdre, car on est en sécurité ici et les gens veillent sur nous. Mais peur de faire une chute avec ma marchette. Avec le temps, j’ai réussi à trouver mes repères dans l’établissement : je sens les dénivellations, les rampes, les cadres de portes. Mon attitude positive face à la vie et mes convictions religieuses m’ont aidée à accepter  ma condition.

Ici, on est tranquille et on mange bien. J’aime l’intimité de l’endroit, et le fait que j’ai ma chambre à moi. Je rends visite à ma soeur, seule autre encore vivante sur 13 enfants, qui habite une chambre à deux portes de la mienne. Mes neveux et mes nièces viennent me visiter. Je m’occupe en lisant; Louise Barrière me traduit certains journaux en braille, car j’aime bien me tenir au courant de l’actualité. Je peux jouer au bowling avec l’aide d’intervenants et j’aime bien faire quelques parties de bingo. J’aime les hot dogs et la pizza! Depuis la perte de ma vue, j’ai beaucoup développé mon odorat et je peux reconnaître certaines personnes simplement à leur odeur.

Une de mes fiertés est d’avoir participé au tournage du documentaire de Marie-Andrée Boivin, « Femmes sourdes… dites-moi. »

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